Synopsis

CHALVET
La conquête de la dignité

Années 70, « le temps des gauchistes » se prépare en Martinique. Mai 68 et le petit livre rouge ont fait leurs œuvres dans le coeur des jeunes étudiants antillais.

Le développement urbain et la « modernité » ont envoyé aux oubliettes les campagnes et leurs ouvriers agricoles. Alors que le terrain des luttes syndicales est concentré sur la ville aux mains des syndicats incontestables et péremptoires, l’aire de lancement des jeunes militants maoïstes sera la campagne laissée à l’abandon qui installent dans une relative clandestinité l’école de la conscience politique dans les quartiers ouvriers du Nord de la Martinique.

Le 17 janvier 1974, s’exhortant de dix ans de silence, les ouvriers agricoles de la banane lance une grève qui emboîte le pas de celles entreprises par les travailleurs de la ville contre la vie chère. Les travailleurs de la ville n’ont pas été empêchés de manifester et de faire largement valoir leurs revendications dans la rue, mais les ouvriers agricoles ont à leur tête des présumés leaders clandestins d’extrême-gauche, surveillés de près.

Le 14 février 1974, les ouvriers sont pris au piège et arrêtés dans leur progression à Basse-Pointe, au lieu-dit Chalvet, où les gardes mobiles, garants du maintien de l’ordre, leur coupent toute retraite.

Hélicoptère, gaz lacrymogènes, coups de feu et coutelas restent les traces tangibles du drame de Chalvet. Un mort, quatre blessés graves opérés en urgence, des dizaines d’autres qui sont rentrés chez eux et se sont tus à jamais, du côté des grévistes. Des gendarmes blessés dont il est vrai, on parle peu.

Deux jours plus tard, on retrouve le corps meurtri d’un jeune ouvrier de 20 ans, vu dans le cor-tège de grévistes et dont la disparition a été signalée par ses parents. Noyade, asphyxie, tor-ture, accident ? Un décès dont les raisons restent suspectes. Une mort non élucidée reste d’évidence.

La dernière grande grève ouvrière martiniquaise est vécue comme une victoire relative mais les « professeurs » d’hier sont en partie les hommes politiques d’aujourd’hui. Une Martinique «nouvelle», soutenue par une politique gouvernementale d’investissement, se confirme. Fonc-tion publique, consommation de masse et importation prennent leurs marques. La fin de la précarité de l’emploi pour les travailleurs agricoles devra attendre encore quelques années, sans parler de l’utilisation des produits toxiques de traitement.